18 octobre 2026 · 7 min de lecture · Par No Excuses
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des 10-19 ans vit avec un trouble mental
3e
cause de décès des 15-29 ans : le suicide
0,1
psychiatre pour 100 000 hab. en Afrique
2 %
des budgets de santé vont à la santé mentale
On mesure le chômage des jeunes, leur accès à l’école, à Internet, au crédit. On mesure beaucoup plus rarement ce qu’ils portent en silence. Pourtant, la santé mentale des jeunes conditionne tout le reste : la capacité à apprendre, à travailler, à entreprendre, à tenir dans la durée. Au Tchad comme dans une grande partie de l’Afrique, elle reste l’angle mort des politiques de développement. Cet article rassemble ce que l’on sait, ce qui fonctionne avec peu de moyens, et la manière dont un mouvement fondé sur la responsabilité peut en parler sans blesser.
Cet article informe, il ne remplace pas un avis médical. Si vous traversez une période de détresse, ou si vous pensez à vous faire du mal, parlez-en dès maintenant à un professionnel de santé (centre de santé, hôpital, médecin) ou à un proche de confiance. Demander de l’aide est un acte de courage.
Une souffrance massive, des soignants presque absents
Selon l’Organisation mondiale de la santé (nouvel onglet) (fiche mise à jour en septembre 2025), un jeune de 10 à 19 ans sur sept souffre d’un trouble mental dans le monde. L’anxiété touche environ 4,1 % des 10-14 ans et 5,3 % des 15-19 ans, la dépression 1,3 % et 3,4 % de ces mêmes tranches d’âge. Et le suicide est la troisième cause de décès chez les 15-29 ans.
L’UNICEF a consacré à ce sujet son rapport phare de 2021, La Situation des enfants dans le monde (nouvel onglet), une première dans son histoire. Il estime que près de 46 000 adolescents meurent par suicide chaque année et que seulement 2 % environ des budgets publics de santé sont consacrés à la santé mentale. Quatre ans plus tard, l’Atlas de la santé mentale 2024 de l’OMS (nouvel onglet) confirme que cette part n’a pas bougé depuis 2017, et que la dépense publique par habitant va de 65 dollars dans les pays à revenu élevé à 0,04 dollar dans les pays à faible revenu.
En Afrique, l’écart entre les besoins et l’offre est vertigineux. D’après le cadre régional adopté par le Bureau Afrique de l’OMS en 2022 (nouvel onglet), qui s’appuie sur l’Atlas 2020, la région compte 0,1 psychiatre pour 100 000 habitants et 1,6 professionnel de santé mentale pour 100 000 habitants, contre 13 au niveau mondial. Pour les enfants et les adolescents, on tombe à 0,2 professionnel spécialisé pour 100 000 habitants. Au Tchad, la dernière donnée transmise à l’Observatoire mondial de la santé (nouvel onglet)) date de 2016 et fait état de 0,007 psychiatre pour 100 000 habitants : une poignée de spécialistes pour tout le pays.
Pourquoi le problème persiste
Le premier obstacle est le silence. La détresse psychique est souvent lue comme une faiblesse de caractère, un manque de foi ou une affaire de famille à garder pour soi. Un jeune qui ne dort plus, qui s’isole ou qui perd goût à tout entend plus facilement « secoue-toi » que « parlons-en ». Il apprend alors à cacher ce qu’il ressent, et la souffrance s’installe.
Le deuxième obstacle est la hiérarchie des urgences. Face au paludisme, à la malnutrition ou aux inondations, la santé mentale passe pour un luxe. C’est une erreur de calcul : un jeune épuisé psychiquement décroche de l’école, perd son emploi, renonce à son projet. Les pressions qui pèsent sur la jeunesse, de l’incertitude économique aux chocs climatiques, nourrissent précisément ce que l’on refuse de regarder.
Le troisième obstacle est l’absence de données. Sans enquêtes récentes sur la santé mentale des adolescents au Tchad, il est difficile de plaider, de planifier ou d’évaluer. Ce qui ne se mesure pas reste invisible dans les budgets.
Ce qui marche : le banc de l’amitié et le partage des tâches
La réponse ne passe pas uniquement par la formation de psychiatres, qui prendra des décennies. La recherche montre qu’une partie des soins peut être confiée, avec une formation et une supervision sérieuses, à des personnes non spécialistes : c’est le principe du partage des tâches, ou « task-sharing ».
L’exemple le plus solide vient du Zimbabwe. Le programme Friendship Bench, le « banc de l’amitié », forme des agents de santé communautaires, souvent des femmes âgées surnommées les « grand-mères », à une thérapie de résolution de problèmes délivrée sur un simple banc, dans l’enceinte des centres de santé. Un essai randomisé publié dans JAMA en 2016 (nouvel onglet) a porté sur 573 adultes répartis dans 24 cliniques de Harare. Après six séances individuelles, les participants du groupe Friendship Bench présentaient nettement moins de symptômes. Six mois plus tard, 13,7 % présentaient encore des symptômes dépressifs, contre 49,9 % dans le groupe témoin.
Deux précautions s’imposent. L’essai concernait des adultes, à 86 % des femmes, et non des adolescents : son adaptation aux jeunes doit être testée et évaluée, pas supposée. Et ces agents n’agissaient pas seuls : ils étaient formés, supervisés et rattachés au système de santé. Le partage des tâches n’est pas du bricolage. C’est une organisation exigeante, mais à la portée de pays qui manquent de spécialistes.
Les ingrédients transposables sont clairs : des personnes de confiance issues de la communauté, une méthode simple et structurée, une supervision professionnelle, et un chemin d’orientation vers les soignants lorsque la situation dépasse l’écoute.
Discipline et action : ce que No Excuses dit, et ce qu’il ne dit pas
Un mouvement qui s’appelle No Excuses doit être précis sur ce point. Nous parlons de responsabilité, de discipline, de passage à l’action. Mais No Excuses ne dit pas « pas d’excuses » à quelqu’un qui souffre. La dépression n’est pas une excuse, ni la paresse, ni un manque de volonté. On ne sort pas d’un trouble anxieux à coups de reproches, et culpabiliser un jeune en détresse l’enfonce davantage.
La discipline peut en revanche être une alliée, à sa juste place : des routines de sommeil, de mouvement, de lien social, des objectifs à petite échelle qui redonnent une prise sur le quotidien. Et la forme la plus haute de responsabilité, quand on va mal, est souvent de le dire et de chercher de l’aide. Il ne s’agit pas non plus de romantiser la souffrance : on ne grandit pas parce qu’on a souffert, on grandit parce qu’on a été soutenu.
Demander de l’aide n’est pas une excuse. C’est un acte de responsabilité.
Ce que montre le terrain No Excuses
Nous le disons honnêtement : le Tour n’est pas un dispositif de santé mentale et nous n’avons recueilli aucune donnée sur ce sujet. Ce qu’il nous a appris est ailleurs. En deux saisons, il a rencontré environ 8 000 personnes en passant par des paroisses, des lycées, des communautés de jeunes et des marchés. Ce sont ces lieux de confiance, avec leurs animateurs et leurs aînés, qui pourraient accueillir demain des espaces d’écoute formés et supervisés, sur le modèle du banc de l’amitié.
Le programme No Excuses Bien-être est orienté vers la prévention et la qualité de vie. Il n’a pas vocation à soigner, mais à aider les jeunes à prendre soin d’eux, à reconnaître les signaux d’alerte et à savoir vers qui se tourner. Toute action menée sera documentée sur la page Impact, avec ses limites.
Santé mentale des jeunes : des pistes concrètes
- Nommer le sujet : intégrer la santé mentale dans les échanges en lycée, en paroisse ou en association, sans dramatiser ni moraliser.
- Former des personnes relais : animateurs, enseignants, responsables de groupes de jeunes, aux premiers secours psychologiques et à l’orientation, avec l’appui de professionnels de santé.
- Construire un annuaire local : savoir quel centre de santé, quel hôpital, quel professionnel peut recevoir un jeune en difficulté.
- Prendre soin des bases : sommeil, activité physique, liens sociaux, limites face aux écrans. Ce ne sont pas des remèdes, mais des facteurs de protection.
- Produire des données : soutenir des enquêtes sérieuses sur la santé mentale des adolescents au Tchad, car on ne finance pas ce que l’on ne voit pas.
Parler de développement sans parler de santé mentale, c’est construire sur un sol fragile. Pour aller plus loin, relisez notre texte fondateur et découvrez le mouvement : la responsabilité commence par prendre soin de soi et des autres.
Rappel : en cas de détresse, ne restez pas seul. Adressez-vous à un professionnel de santé ou à un proche de confiance.






