Chaleur, inondations, poussière : la jeunesse face au climat au Tchad

Deux crues historiques en trois ans, un pays parmi les plus vulnérables au monde. Ce que disent les chiffres, ce qui marche au Sahel et ce que les jeunes peuvent porter dès maintenant.

Climat — 18 octobre 2026

18 octobre 2026 · 6 min de lecture · Par No Excuses

1,94 M

personnes touchées par les crues (2024)

1,3 M

personnes touchées en 2022

2e

pays le plus vulnérable (ND-GAIN, 2024)

−10,5 %

de PIB possible d’ici 2050

Au Tchad, le climat n’est pas un sujet de conférence lointain. C’est la saison des pluies qui emporte une maison en une nuit, l’harmattan qui ferme l’horizon pendant des jours, la chaleur qui rend les après-midi de classe épuisants. La jeunesse et le climat au Tchad sont liés par une réalité simple : ceux qui vivront le plus longtemps avec ces chocs sont aussi ceux que l’on consulte le moins. Cet article fait le point sur les chiffres, sur ce qui fonctionne ailleurs au Sahel et sur ce que les jeunes peuvent porter dès maintenant, sans attendre qu’on leur en donne la permission.

Deux crues historiques en trois ans

En 2022, des inondations qualifiées d’inédites ont touché environ 1,3 million de personnes, soit 7,3 % de la population, dans 19 des 23 provinces, selon l’analyse publiée par la Banque mondiale en 2023 (nouvel onglet). Ce record n’a pas tenu longtemps.

En 2024, la crue a été plus large encore. Au 15 octobre 2024, les données gouvernementales relayées par l’UNICEF sur ReliefWeb (nouvel onglet) faisaient état de 1 941 869 personnes touchées et de 576 morts. D’après la note d’analyse de l’ACAPS (nouvel onglet), qui s’appuie sur les chiffres d’OCHA, les 23 provinces du pays ont été concernées. Autrement dit, aucune région ne peut plus se considérer à l’abri.

La capitale n’est pas épargnée, bien au contraire. La Banque mondiale estime que 74 % des surfaces bâties de N’Djamena sont exposées à une crue de type centennale, le niveau d’exposition le plus élevé du pays (Banque mondiale, 2023 (nouvel onglet)). La même analyse pointe une urbanisation rapide et non planifiée, et des réseaux d’évacuation des eaux souvent bouchés par les déchets. Les quartiers récents, où s’installent beaucoup de jeunes ménages, sont en première ligne.

Les classements internationaux confirment ce que vivent les familles. L’indice ND-GAIN (nouvel onglet) de l’université de Notre-Dame classe le Tchad au 2e rang des pays les plus vulnérables au changement climatique et au 190e rang de son classement général (données 2024). Et dans son indice des risques climatiques pour les enfants publié en 2021, l’UNICEF place le Tchad au 2e rang sur 163 pays, à égalité avec le Nigeria, juste derrière la République centrafricaine (UNICEF, 2021 (nouvel onglet)).

Pourquoi le problème persiste

La vulnérabilité, ce n’est pas seulement la pluie ou la chaleur. C’est la rencontre entre un choc et une faible capacité à l’absorber. Dans son rapport Climat et Développement pour les pays du G5 Sahel (nouvel onglet) (2022), la Banque mondiale rappelle que le Tchad, le Niger et le Mali figurent parmi les sept pays les plus vulnérables au monde et que leur capacité d’adaptation est limitée par la pauvreté et la fragilité. Le même rapport estime que jusqu’à 13,5 millions de personnes supplémentaires pourraient basculer dans la pauvreté au Sahel d’ici 2050 sans investissements d’adaptation urgents. Pour le Tchad, la perte de PIB annuel pourrait atteindre entre 4,2 % et 10,5 % à l’horizon 2050 selon les scénarios (Banque mondiale, 2023 (nouvel onglet)).

Sur le terrain, les causes sont connues. Les villes s’étendent vers des zones inondables faute de terrains viables. Les caniveaux, quand ils existent, sont bouchés par les déchets plastiques. Une grande partie des revenus dépend encore de l’agriculture pluviale, donc du ciel. Et la préparation aux catastrophes reste pensée comme une affaire d’État ou d’ONG, déclenchée après le choc, rarement comme une compétence que chaque quartier peut acquérir avant.

Enfin, les jeunes sont nombreux mais peu présents là où se décident les priorités locales. Ils subissent les coupures de route, la perte des récoltes familiales, les écoles transformées en abris, sans être associés à la prévention. C’est un gâchis : ce sont souvent eux qui ont le temps, l’énergie et les téléphones pour faire circuler une alerte ou organiser un chantier.

Ce qui marche : des solutions locales et documentées

La bonne nouvelle, c’est que le Sahel a déjà produit des réussites mesurées. Au sud du Niger, la régénération naturelle assistée par les agriculteurs, qui consiste à protéger et tailler les repousses d’arbres existantes plutôt que de tout replanter, s’est étendue à environ 5 millions d’hectares, selon une étude de l’IFPRI publiée en 2009 (nouvel onglet). Elle a réduit l’érosion par le vent et amélioré la production de cultures, de fourrage et de bois de chauffe. La leçon est précieuse pour le reboisement au Tchad : un arbre protégé et suivi vaut mieux que dix plants abandonnés après la photo.

La préparation paie aussi. La Commission mondiale sur l’adaptation a estimé en 2019 qu’investir 1 800 milliards de dollars entre 2020 et 2030 dans cinq domaines, dont les systèmes d’alerte précoce et l’agriculture des zones arides, pourrait générer 7 100 milliards de dollars de bénéfices nets (rapport Adapt Now, WRI (nouvel onglet)). Une alerte n’a de valeur que si elle arrive jusqu’aux familles et si chacun sait quoi faire : c’est exactement le « dernier kilomètre » que des réseaux de jeunes peuvent couvrir.

Trois leviers reviennent dans les expériences qui durent :

  • L’action locale régulière : entretien des plantations, curage des caniveaux avant la saison des pluies, campagnes de tri et de collecte des déchets. Ce sont des gestes modestes, mais ils réduisent directement les dégâts.
  • La préparation portée par les jeunes : cartographie des points bas du quartier, liste des personnes vulnérables à prévenir, relais des alertes officielles par SMS ou messagerie, exercices simples d’évacuation.
  • Les emplois verts de proximité : pépinières, collecte et valorisation des déchets, réparation, petits travaux de drainage. Ils transforment une contrainte en activité, à condition d’être accompagnés en compétences et en débouchés.

Ce que montre le terrain No Excuses

Soyons clairs : le Tour n’a pas été conçu comme une campagne climatique. Ses sessions portent sur l’intelligence artificielle comme outil d’autonomie. Mais il a montré une chose utile pour le climat : les relais locaux fonctionnent. Une paroisse d’Atrone 2 qui réunit 46 jeunes, un lycée de Ngonba qui en mobilise 28, une communauté U-Report, une session à Bongor : en deux saisons, le Tour a rencontré environ 8 000 personnes en passant par des lieux où les jeunes se trouvent déjà. C’est par ces mêmes canaux qu’une culture de la préparation peut se diffuser.

No Excuses Green, le programme dédié à la responsabilité environnementale et à l’action locale, est un engagement en construction. Nous n’avons pas encore d’actions climatiques chiffrées à présenter, et nous n’en inventerons pas. Lorsque des actions auront lieu, leurs résultats seront publiés une par une, avec leurs limites, sur la page Impact, comme nous le faisons déjà pour le Tour.

Le climat ne nous demande pas notre avis. Notre préparation, elle, ne dépend que de nous.

Jeunesse et climat au Tchad : des pistes concrètes

Pas besoin d’attendre un grand plan national pour agir. Voici ce qu’un groupe de jeunes, une association ou une paroisse peut engager dès la prochaine saison des pluies :

  • Choisir un seul chantier et le tenir : un caniveau à entretenir, un alignement d’arbres à protéger, un point de collecte des déchets. La régularité compte plus que l’ampleur.
  • Dresser la carte des risques de son quartier : zones qui inondent, voies d’évacuation, lieux d’abri, personnes âgées ou handicapées à prévenir en priorité.
  • Devenir relais d’alerte : s’abonner aux canaux officiels, vérifier l’information avant de la partager, et la retransmettre aux familles qui n’y ont pas accès.
  • Utiliser les outils numériques pour apprendre vite : l’IA peut aider à comprendre un bulletin météo, préparer une fiche de sensibilisation ou organiser un planning de bénévoles, comme le Tour le montre sur d’autres sujets.
  • Documenter ce que l’on fait : nombre d’arbres suivis, mètres de caniveau curés, foyers prévenus. Une action mesurée inspire confiance et peut être reproduite ailleurs.

La chaleur, les crues et la poussière ne disparaîtront pas. Ce qui peut changer, c’est la place que prend la jeunesse face à elles : spectatrice ou actrice. C’est le sens de notre texte fondateur et de l’engagement No Excuses Green : faire de la responsabilité environnementale une discipline quotidienne, quartier par quartier.

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