18 octobre 2026 · 7 min de lecture · Par No Excuses
~8 163
personnes rencontrées (total prudent du Tour)
6
critères d’évaluation du CAD de l’OCDE
1 100+
évaluations aléatoires menées par le réseau J-PAL
17 mois
de suivi pour mesurer un effet (Kenya, 2018)
Combien de personnes le Tour a-t-il rencontrées ? Selon la manière de compter, la réponse varie : environ 8 663 si l’on additionne tout, environ 8 163 si l’on retire ce qui risque d’être compté deux fois. Ces 500 personnes d’écart résument tout l’enjeu de cet article. Pour mesurer l’impact d’un mouvement de jeunesse, il ne suffit pas d’additionner des chiffres : il faut savoir ce que l’on compte, d’où vient chaque nombre et ce qu’il ne dit pas. Voici notre méthode, ses limites et la suite.
Le constat : des chiffres faciles à gonfler
Le Tour, ce sont 14 actions documentées en deux saisons, de décembre 2024 à août 2026 : des stands sur des marchés, une conférence, un panel, des talks, des ateliers et des sessions dans des paroisses, des lycées et des villes de province. Chaque format produit un chiffre de nature différente. Les mettre tous dans une même colonne serait simple, et flatteur. Ce serait aussi trompeur.
Prenons les stands. Sur notre total prudent d’environ 8 163, environ 7 300 sont des passages devant un stand, au Marché de Noël Manoël et à la Semaine des Jeunes Entrepreneurs. Un passage n’est pas une personne unique : sur un stand tenu 30 ou 40 jours, une même personne peut revenir plusieurs fois. Un passage ne signifie pas non plus un apprentissage : certains repartent avec ChatGPT installé sur leur téléphone, d’autres ont simplement écouté quelques minutes.
Pourquoi le problème persiste
Dans le monde associatif, les gros chiffres rassurent. Ils remplissent les rapports, impressionnent dans les présentations et donnent le sentiment d’avancer. La tentation est donc d’additionner l’audience d’une conférence à celle du stand voisin, d’ajouter les vues sur les réseaux sociaux aux personnes rencontrées, ou d’arrondir une salle de 40 personnes à 60.
L’autre raison est plus profonde : on confond souvent ce que l’on fait et ce que cela change. Tenir un atelier pour 46 jeunes est une réalisation. Que ces 46 jeunes utilisent ensuite l’IA pour réviser, chercher un stage ou gérer une activité est un résultat. Qu’ils soient, des années plus tard, plus autonomes et mieux insérés serait un impact. Ce sont trois niveaux distincts, qui ne se mesurent ni avec les mêmes outils ni au même moment.
Mesurer l’impact : ce que recommandent les spécialistes
Les professionnels de l’évaluation parlent de « théorie du changement ». La plateforme BetterEvaluation la définit comme l’explication de la façon dont des activités contribuent à une série de résultats et d’impacts (nouvel onglet). Elle met en garde contre les schémas qui se résument à « nous faisons des choses, et des choses arrivent » : une bonne théorie du changement doit expliquer le mécanisme par lequel une action produit un effet. Pour le Tour, ce mécanisme est simple à énoncer : découvrir un outil d’IA, l’installer, s’en servir pour une tâche concrète, puis l’intégrer dans ses habitudes. Chaque étape peut être observée.
Le Comité d’aide au développement de l’OCDE propose ensuite six critères pour juger une action (nouvel onglet) : pertinence, cohérence, efficacité, efficience, impact et viabilité. Adoptés dans leur forme actuelle en 2019, ils sont conçus comme des angles de lecture complémentaires, pas comme une grille à cocher. Ils obligent à se demander non seulement « avons-nous atteint du monde ? », mais aussi « était-ce utile ? », « à quel coût ? » et « l’effet durera-t-il ? ».
Enfin, pour établir qu’une action a réellement causé un changement, la référence reste l’évaluation avec groupe de comparaison. Le laboratoire J-PAL, dont le réseau a mené plus de 1 100 évaluations aléatoires dans plus de 90 pays (nouvel onglet), rappelle pourquoi : sans groupe comparable, on attribue facilement à un programme des progrès qui seraient arrivés de toute façon.
La durée compte autant que la méthode. Dans une étude kényane sur le mentorat d’entrepreneures, publiée en 2018 (nouvel onglet) et suivie sur 17 mois, les bénéfices progressaient d’environ 20 % en moyenne, mais l’effet s’estompait à mesure que les binômes se séparaient. Un bilan dressé au lendemain de l’action aurait raconté une autre histoire. Une revue des formations entrepreneuriales souligne d’ailleurs (nouvel onglet) que beaucoup d’évaluations ne suivent les participants qu’environ un an.
Un chiffre honnête et modeste vaut mieux qu’un chiffre impressionnant que personne ne peut vérifier.
Notre méthode : un statut pour chaque chiffre
Pour chaque action du Tour, nous attribuons au nombre de participants un statut visible :
- ✅ chiffre validé : confirmé en interne par l’équipe ;
- 📄 chiffre publié : repris d’une publication existante, par exemple sur les réseaux sociaux ;
- 🔍 estimation sur photo, à valider : établie en comptant les personnes visibles sur une image.
Sur les 14 actions, 11 ont un chiffre validé. Deux reposent sur une estimation photographique, et nous l’indiquons : l’atelier de la Maison de la Femme (environ 50 personnes, 40 à 60 visibles sur la photo) et le débat de la grande scène de la Semaine des Jeunes Entrepreneurs (environ 400, entre 350 et 450 visibles). Une dernière action, à Mandjafa en août 2026, n’a pas encore de chiffre : elle n’est donc pas comptée.
Nous distinguons aussi trois formats qui ne pèsent pas le même poids : les passages sur un stand, les auditoires de conférence ou de panel, et les participants à un atelier, un talk ou une session. Ces derniers, 463 personnes au total, sont les plus petits en volume, mais ce sont eux qui ont passé le plus de temps avec nous.
Pourquoi nous retenons le total prudent
En décembre 2024, au Marché de Noël Manoël, No Excuses a tenu un stand pendant 30 jours (environ 3 000 passages) et donné une conférence devant plus de 500 personnes. Le public de la conférence était, pour une bonne part, celui de la foire, et donc probablement déjà passé au stand. Additionner les deux reviendrait à compter certaines personnes deux fois. Nous avons donc choisi de publier un total prudent, sans cette conférence : environ 8 163 personnes plutôt qu’environ 8 663. C’est pourquoi nous parlons de « plus de 8 000 personnes ».
Le même souci de rigueur vaut pour le périmètre. Après réexamen, deux actions ont été retirées de la liste du Tour : le Challenge Clip IA et la finale de Bakara. Leurs participants ne figurent pas dans nos totaux. Les étapes de janvier et février 2025, que nous n’avons pas encore pu documenter, n’y figurent pas non plus. Quant à l’audience des réseaux sociaux, elle se mesure, mais à part : elle n’est jamais ajoutée aux personnes rencontrées, car une vue n’est pas une rencontre. Le détail action par action est publié sur notre page Impact, et chaque saison est racontée dans son bilan (saison 1, saison 2).
Ce que nous ne savons pas encore
Nos chiffres actuels mesurent des réalisations. Ils disent combien de personnes nous avons rencontrées, pas ce qui a changé pour elles. Nous ne savons pas encore combien de participants utilisent toujours un outil d’IA six mois plus tard, ni pour quoi faire. Nous ne connaissons pas le nombre de personnes uniques derrière les passages de nos stands. Et nous ne disposons pas de groupe de comparaison qui permettrait d’attribuer un changement au Tour plutôt qu’à d’autres facteurs.
Les totaux sont arrondis (le signe ~ signale une valeur approchée). Les deux estimations photographiques restent provisoires et seront remplacées par un chiffre validé dès que possible.
Ce que nous allons mesurer ensuite
- Des listes de présence systématiques pour les ateliers et sessions, afin de compter des personnes et non des passages.
- Un court questionnaire de suivi à six mois, adressé aux participants qui l’acceptent, par exemple via les groupes WhatsApp créés lors de certaines sessions comme à Atrone 2.
- Des indicateurs de résultat simples : l’outil est-il encore utilisé, pour quelle tâche, avec quel bénéfice concret ?
- Les statistiques des réseaux sociaux (portée, vues, interactions), extraites des outils de mesure des plateformes et présentées séparément des rencontres sur le terrain.
- Une relecture de chaque saison au regard des critères de l’OCDE, en commençant par la pertinence et l’efficacité.
Ces données seront rassemblées dans des rapports publics, avec leur méthode et leurs limites, et mis en ligne dans notre espace Documentation. Un chiffre que l’on ne peut pas montrer n’a pas sa place dans un bilan.
Compter juste demande plus de travail que compter large. Mais c’est la seule manière d’apprendre de ce que l’on fait, de corriger ce qui ne marche pas et de mériter la confiance de ceux qui observent notre action. Pour un mouvement qui demande aux jeunes de cesser de se trouver des excuses, c’est la moindre des cohérences.






